Un plan pour tripler la capacité

Microsoft prévoit de faire passer son réseau mondial de centres de données d’environ 12 gigawatts de capacité aujourd’hui à plus de 38 gigawatts d’ici 2032, a rapporté Bloomberg cette semaine. L’un des plus grands fournisseurs de cloud au monde ferait ainsi plus que tripler son parc en six ans environ.

Ces chiffres couvrent à la fois les centres de données dont Microsoft est propriétaire et les installations qu’il loue, mais pas la capacité qu’il loue auprès de fournisseurs de cloud spécialisés de plus petite taille, selon une synthèse de Yahoo Finance des informations de Bloomberg. Microsoft n’a pas rendu ce plan public, et aucun des articles que nous avons consultés ne comportait de déclaration de l’entreprise le confirmant.

L’IA passe d’un sixième à un tiers

L’intelligence artificielle est la composante du plan qui croît le plus vite. Environ 2 gigawatts de la capacité actuelle de Microsoft sont consacrés à l’IA, a rapporté GuruFocus, citant Bloomberg. D’ici 2032, l’IA devrait représenter environ un tiers des 38 gigawatts prévus.

Sur la base de ces chiffres, la capacité de Microsoft dédiée à l’IA passerait d’environ 2 gigawatts à plus de 12, soit une multiplication par plus de six. Le reste de son parc serait multiplié par environ deux et demi, passant d’environ 10 gigawatts à quelque 25.

Lignes à haute tension dans un poste électrique
La capacité des centres de données se mesure en gigawatts de puissance. Kris Møklebust · pexels · Pexels License

Les clients que Microsoft n’a pas pu servir

Cette expansion fait suite à une période durant laquelle Microsoft manquait de serveurs. Selon Bloomberg, ces pénuries ont contraint l’entreprise à refuser certains clients du cloud et de l’IA.

L’exemple le plus parlant est celui de Temu. Le distributeur en ligne a signé l’an dernier un important contrat cloud avec Oracle, Microsoft n’ayant pas pu lui fournir la capacité dont il avait besoin dans les régions qu’il privilégiait, selon l’article.

Le manque de capacité a aussi touché les propres produits de Microsoft. GitHub, qui appartient à Microsoft, a subi en août une panne de huit heures liée à des contraintes de serveurs, et la division Xbox a annoncé à ses abonnés qu’elle allait plafonner le temps de jeu en streaming dans le cloud.

Pour une entreprise qui vend de la capacité, cela signifie à la fois un manque à gagner et une fiabilité écornée, ce qui aide à comprendre l’ampleur de l’objectif.

La facture

Construire à une telle échelle coûte cher, même pour Microsoft. L’entreprise a consacré 145 milliards de dollars à ses dépenses d’investissement lors de son dernier exercice fiscal, selon Yahoo Finance. Les articles décrivent le plan en gigawatts de puissance plutôt qu’en dollars, et aucun de ceux que nous avons consultés ne donnait d’estimation du coût nécessaire pour atteindre 38 gigawatts.

Le gigawatt est la bonne unité pour mesurer le problème. La capacité d’un centre de données dépend de la quantité d’électricité qu’il peut consommer : le plan suppose donc de sécuriser des raccordements au réseau et des moyens de production pour environ 26 gigawatts supplémentaires, le chiffre qui figure dans le titre de l’enquête de Bloomberg. C’est une électricité qu’il faut produire, transporter et contractualiser, et c’est de plus en plus l’étape la plus lente de tout grand chantier.

Un technicien travaille sur un terminal dans une salle de serveurs
Selon Bloomberg, la pénurie de serveurs a conduit Microsoft à refuser certains clients. panumas nikhomkhai · pexels · Pexels License

Ce qu’il faudra surveiller

Le premier test sera le prochain rapport trimestriel de Microsoft, dont les prévisions de dépenses d’investissement montreront si celles-ci augmentent à un rythme compatible avec un triplement de la capacité. Le second sera de savoir si les clients partis ailleurs faute de capacité, comme Temu, reviendront une fois l’offre remise à niveau.