Trois risques, et l’IA en fait partie
Le Fonds monétaire international désigne une correction de marché provoquée par l’intelligence artificielle comme l’un des trois risques capables de durcir brutalement les conditions financières mondiales et de déclencher des turbulences. Les deux autres sont une forte hausse des rendements souverains et les menaces cyber. L’analyse figure dans le chapitre 1 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde d’octobre 2026, intitulé « Beneath the Resilience: Rising Risks, Unresolved Vulnerabilities » et publié pendant les assemblées annuelles du Fonds.
L’indicateur de tendance attribué au risque lié à l’IA est « à peu près stable » depuis le rapport d’avril, tandis que les rendements souverains et les menaces cyber sont tous deux notés « en dégradation ». Ce qui a changé, c’est la précision : le chapitre chiffre l’endettement accumulé sous l’essor de l’IA, et ces chiffres sont l’information.
950 milliards investis, 1 400 milliards promis
Le chapitre recense quatorze opérations rendues publiques depuis 2023 dans lesquelles des hyperscalers ont mené environ 300 milliards de dollars d’investissements en fonds propres dans ce que le Fonds appelle des « entreprises d’IA financièrement plus fragiles », complétés par 650 milliards de dollars de dette, en échange de 1 400 milliards de dollars d’engagements de recettes futures sous forme de services ou de commandes de puces. Environ 320 milliards de cette dette sont portés par les sociétés bénéficiaires elles-mêmes, y compris de la dette garantie par les investisseurs, des financements conditionnels et d’autres engagements hors bilan.

L’inquiétude du Fonds ne porte pas sur la solvabilité des investisseurs. Il écrit que les entreprises du côté investisseur sont « globalement financièrement saines ». Le problème est la structure de l’accord : une difficulté chez un bénéficiaire central signifierait que « les investissements en fonds propres et en dette dans ces entreprises perdent de la valeur précisément au moment où les flux de recettes futurs qui y sont liés se détériorent ». Le rapport nomme ce mode de défaillance « wrong-way risk » et relève que financement et promesses de recettes sont concentrés sur une poignée de bénéficiaires.
Trois points où se loge l’effet de levier
Le chapitre identifie trois sources croissantes d’effet de levier, toutes mesurées par rapport à 2024. La part des hyperscalers dans les émissions mondiales d’obligations d’entreprises de qualité investissement est passée à 10 % contre moins de 1 %, alors que leurs flux de trésorerie disponibles « diminuent rapidement » à mesure qu’ils financent leurs engagements dans l’IA. Une note de bas de page explique pourquoi cela dépasse le secteur : les émissions de qualité investissement représentaient 40 % de l’ensemble des émissions obligataires, dette souveraine comprise, dans la zone euro, au Royaume-Uni et aux États-Unis, en base pondérée par la duration, au premier trimestre 2026. L’endettement lié à l’IA concurrence donc directement les États auprès des mêmes investisseurs.
Deuxièmement, les positions actions brutes des fonds spéculatifs, auxquelles s’ajoutent les prêts sur marge, sont passées de 10 % à environ 15 % du PIB des économies avancées. Troisièmement, la part des actions individuelles dans les fonds indiciels cotés à effet de levier est montée à 28 % contre 16 %, ce que le Fonds attribue aux particuliers achetant une exposition à effet de levier aux valeurs de l’IA.
Ce que coûterait une correction
Les Perspectives de l’économie mondiale, publiées en parallèle, modélisent un dégonflement de l’investissement dans l’IA qui réduirait le PIB mondial de 0,4 % au maximum, l’investissement de 1,3 % et la consommation de 0,6 % d’ici 2028. Les dégâts boursiers seraient inégaux : les marchés asiatiques avancés affichent le bêta le plus élevé face à un indice mondial de l’IA, tandis que la zone euro et le Royaume-Uni ressortent bas. Le chapitre cite aussi l’enquête d’août de Bank of America auprès des gérants, dans laquelle les répondants ont désigné « l’essor de l’IA » comme leur principal risque.

Ce que demande le Fonds
La recommandation est plus étroite que le diagnostic. Les superviseurs devraient « contenir l’effet de levier utilisé par les investisseurs pour s’exposer à l’IA lorsqu’il est excessif, y compris par des limites sur les dérivés, les produits cotés et les prêts sur marge », et renforcer la résilience par des exigences de fonds propres sectorielles, des limites de concentration et des coussins de capital. Rien dans le chapitre ne demande de ralentir l’essor lui-même.
Le prochain test de cette évaluation sera le rapport d’avril 2027, où les trois mêmes risques recevront un nouvel indicateur de tendance et où la carte de la finance circulaire comptera soit plus de lignes, soit moins.