Ce que rapporte l’article

Insilico Medicine affirme que six horloges protéomiques du vieillissement, construites indépendamment et appliquées à des échantillons sanguins d’un essai de phase IIa de son médicament rentosertib, ont toutes indiqué un âge biologique prédit plus bas chez les patients traités. L’analyse a été publiée dans Nature Biotechnology le 7 septembre, selon le communiqué de l’entreprise.

L’essai (NCT05938920) était randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo, et portait sur la fibrose pulmonaire idiopathique, non sur le vieillissement. L’analyse d’Insilico s’appuie sur douze semaines de données protéomiques sériques couvrant 2 841 protéines chez 42 patients.

Les chiffres, et qui les publie

Tout ce qui suit provient du communiqué qu’Insilico consacre à son propre article. Dans le groupe à 30 mg deux fois par jour, les horloges ont montré un recul maximal de trois à quatre ans à la semaine quatre, atteignant environ six ans sur certains modèles. Côté fonction pulmonaire, le groupe à 60 mg une fois par jour a enregistré un gain moyen de 98,4 mL de capacité vitale forcée contre une baisse de 20,3 mL sous placebo, d’après le communiqué.

Une chercheuse de laboratoire manipulant des tubes d'échantillons sanguins à la pipette
L'analyse a porté sur 2 841 protéines sur douze semaines de prélèvements. Image d'illustration. https://kaboompics.com/ · pexels · Pexels License

Pourquoi six horloges et non une

Une horloge protéomique du vieillissement est un modèle qui lit le protéome sanguin et renvoie un âge prédit. Chaque équipe les entraîne sur des cohortes différentes et contre des critères différents, si bien que le verdict d’une seule horloge se balaie aisément comme un artefact de sa construction.

Les six retenues ici ont été développées séparément : ProtAge, de la Harvard Medical School ; deux variantes d’OrganAge, d’Oxford ; et PAC, ipfP3GPT et PAOPAC, de l’université de Pékin et de l’université de Westlake. L’argument d’Insilico tient à l’accord : ces modèles divergent sur beaucoup de points, et n’ont pas divergé ici.

La réserve figure dans le communiqué lui-même

La phrase la plus utile du communiqué d’Insilico vient du prix Nobel Michael Levitt, cité disant que l’essai « ne peut pas encore séparer un vieillissement ralenti d’un poumon soigné » et qu’une étude chez des volontaires sains est ce qu’il souhaite voir ensuite.

Tout le problème tient dans cette phrase. Le rentosertib traite une maladie du poumon. S’il fonctionne, le protéome sanguin du patient change parce que le poumon est moins enflammé et moins fibrosé — et une horloge du vieillissement qui lit ce sang renverra un chiffre plus jeune. Distinguer « ce médicament ralentit le vieillissement » de « ce médicament traite la maladie qui faisait paraître ces gens vieux » suppose des participants qui ne sont pas malades.

Un scientifique examinant un échantillon au microscope de laboratoire
Insilico indique que sa plateforme PandaOmics a désigné la cible du médicament. Image d'illustration. cottonbro studio · pexels · Pexels License

Où intervient l’IA

Le rentosertib inhibe TNIK. Insilico indique avoir identifié cette cible avec sa plateforme PandaOmics et généré la molécule avec Chemistry42, son système de chimie générative. C’est l’affirmation vers laquelle l’entreprise travaille depuis dix ans : non qu’une IA ait écrit un article sur un médicament, mais qu’une cible désignée par IA et une molécule conçue par IA soient parvenues jusqu’aux patients et aient déplacé un critère clinique.

Quarante-deux patients, c’est peu pour porter un tel poids, et une analyse protéomique secondaire vaut moins qu’un essai conçu pour tester l’hypothèse qu’elle vient étayer.

À surveiller

L’étude chez des volontaires sains réclamée par Levitt. Tant qu’elle n’aura pas eu lieu, la lecture honnête de ce résultat est qu’un médicament qui semble aider un poumon fibrosé fait aussi baisser le chiffre d’un modèle d’âge sanguin — ce qui est intéressant, cohérent, et n’est pas la même affirmation qu’un vieillissement inversé.