Ce qui a été rendu public

The Intercept, avec Legal Advocates for Safe Science and Technology, a obtenu plus de 400 pages de documents contractuels du Pentagone au terme d’une action fondée sur la loi sur la liberté d’information, et a publié ses conclusions le 8 septembre.

Les documents portent sur des accords signés en juillet 2025 entre le département de la Défense et quatre entreprises — Anthropic, Google, OpenAI et xAI — chacun d’un montant maximal de 200 millions de dollars. L’objectif affiché était de construire des prototypes d’outils d’IA destinés à « améliorer l’avantage militaire, l’utilité militaire ou renforcer la prise de décision militaire ».

Les contrats avaient été annoncés à l’époque. Ce qui n’était pas public jusqu’ici, c’est ce à quoi les entreprises se sont réellement engagées.

Ce que les laboratoires ont accepté

Selon les documents, chaque entreprise a accepté de donner au Pentagone accès à ses principaux grands modèles de langage, de recevoir des briefings opérationnels sensibles et des jeux de données de cas d’usage du département de la Défense, d’animer des séminaires de formation au déploiement d’une « IA responsable », de participer à des exercices militaires sur table et de fournir des « prévisions de risques » sur les dangers de ses propres produits.

Une personne lisant un rapport imprimé à un bureau
Plus de 400 pages ont été communiquées à la suite d'une action pour l'accès aux documents. Image d'illustration. RDNE Stock project · pexels · Pexels License

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Il formalise un dispositif à double sens : les entreprises reçoivent des briefings classifiés sur la manière dont l’armée entend utiliser leurs systèmes, et l’armée reçoit l’évaluation faite par les entreprises elles-mêmes de ce que ces systèmes peuvent mal faire. Cela ressemble davantage à une relation de conseil intégrée qu’à une licence logicielle.

Le brouillon sur les taux de refus

Le second article de The Intercept rapporte que figure parmi les fichiers publiés un document où le Pentagone demande à OpenAI un système à taux de refus minimaux — une IA, selon la formule du média, conçue pour dire rarement non à un ordre militaire.

Le département de la Défense comme OpenAI ont déclaré à The Intercept qu’il s’agissait de documents de travail transmis par erreur, et qu’aucune disposition de ce type ne figure au contrat final signé. Ce démenti est précis et vérifiable en principe, et il doit être publié à côté du document, non en dessous.

Des rangées de postes informatiques dans un grand bureau ouvert
Les entreprises ont accepté d'animer des séminaires et de participer à des exercices militaires sur table. Image d'illustration. cottonbro studio · pexels · Pexels License

Même à l’état de brouillon, la pièce est utile. Le comportement de refus est le principal contrôle de sécurité dont dispose un modèle de langage déployé, et un client qui demande à son fournisseur de le réduire lui demande de déplacer la limite de ce que le système acceptera de faire. Que la demande ait ou non survécu jusqu’au contrat importe moins que le fait qu’elle ait été formulée par écrit.

Le retrait d’Anthropic, en contexte

Les documents éclairent aussi le différend qui s’est joué en public plus tôt cette année. Anthropic a refusé de signer des avenants qui auraient autorisé un déploiement sur des réseaux classifiés sans interdictions contractuelles portant sur la surveillance de masse intérieure et les armes autonomes. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a désigné l’entreprise comme un « risque pour la chaîne d’approvisionnement » en mars 2026 et a interdit ses services ; un tribunal fédéral a annulé cette désignation en août.

La publication montre la mécanique contractuelle derrière une bataille qui s’était jusqu’ici menée par communiqués. Elle replace aussi la décision de cette semaine de quitter l’Information Technology Industry Council dans une trajectoire plus longue : Anthropic a plusieurs fois accepté un coût commercial pour conserver des restrictions qu’elle s’est elle-même imposées.

Ce qu’il faut surveiller

La suite évidente, c’est le reste du dossier. Les communications de cette ampleur sont généralement partielles, et c’est dans les avenants à chacun des quatre contrats que se trouve le détail opérationnel. L’autre point à suivre est de savoir si l’une des quatre publiera sa propre version de ses engagements. Aucune ne l’a fait jusqu’ici.