Ce que soutient l’acte d’accusation

Les procureurs fédéraux de Los Angeles ont arrêté jeudi Greg Lui, 38 ans, de San Gabriel, sur la base d’un acte d’accusation en trois chefs l’accusant d’avoir fait passer en Chine plus de 300 millions de dollars de serveurs soumis au contrôle des exportations. Le parquet fédéral du district central de Californie indique qu’un grand jury fédéral a rendu l’acte d’accusation le 29 septembre et que Lui devait être présenté vendredi devant le tribunal de district au centre de Los Angeles.

Lui détient Earthmade Computer Inc., une société fermée établie à City of Industry, à l’est de Los Angeles. Selon l’acte d’accusation, entre 2023 et 2024, lui et ses complices ont utilisé Earthmade pour acheter à des fabricants américains des serveurs haut de gamme équipés de processeurs graphiques contrôlés, puis les ont expédiés vers la Malaisie et Singapour — des destinations sans licence requise du département du Commerce — avant que le matériel ne soit réexporté vers la Chine.

Un acte d’accusation reste une allégation. Lui est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire.

La paperasse est l’infraction reprochée

Le mécanisme décrit est documentaire plutôt que technique. Les procureurs affirment que Lui a remis aux fabricants des formulaires de conformité désignant des utilisateurs finaux et des destinations n’exigeant aucune licence, tout en sachant que les serveurs partaient pour la Chine. Des transitaires ont ensuite acheminé les caisses vers Kuala Lumpur et Singapour, et des complices ont organisé le dernier tronçon.

Rangées d'armoires de serveurs au câblage rouge et bleu dans un centre de données
L'affaire porte sur des serveurs haut de gamme à processeurs graphiques contrôlés. Photo d'illustration. Brett Sayles · pexels · Pexels License

Une séquence est détaillée. En janvier 2024, selon les procureurs, Lui a écrit à un complice qu’une société malaisienne de transbordement voulait 70 serveurs à GPU restreints, en joignant un formulaire de conformité reconnaissant que ces serveurs ne pouvaient légalement être transbordés vers la Chine. Le même mois, il a passé commande auprès d’un fabricant américain pour 27 d’entre eux, pour environ 7 614 000 dollars, et l’envoi est parti de Los Angeles vers Kuala Lumpur avec un bordereau précisant que le contenu était contrôlé. En mars 2024, affirme l’acte d’accusation, un complice a écrit à un responsable malaisien pour confirmer que ces 27 serveurs avaient été transbordés vers un acheteur en Chine.

Entre janvier et octobre 2024, selon le gouvernement, Earthmade a reçu plus de 176 millions de dollars de deux sociétés de transport basées en Malaisie.

Qui poursuit, et ce que cela entraîne

L’enquête est menée par le Bureau of Industry and Security du département du Commerce, le service d’enquête criminelle de la Défense et la division contre-espionnage du FBI. Le procureur général adjoint pour la sécurité nationale, John A. Eisenberg, a déclaré que l’acte d’accusation détaillait “de faux documents, des serveurs factices pour tromper les inspecteurs et des montages de transbordement tortueux”. Le premier substitut Bill Essayli a dit que son bureau poursuivrait “ceux qui mettent en danger notre sécurité nationale par appât du gain”.

Un magasinier avec un transpalette devant des rayonnages chargés
Des transitaires ont assuré les trajets suivants, selon l'acte d'accusation. Photo d'illustration. Tiger Lily · pexels · Pexels License

En cas de condamnation sur les trois chefs, Lui encourt un maximum légal de 20 ans pour l’entente sur le contrôle des exportations, 20 ans pour celle de blanchiment et 10 ans pour contrebande. Ces maximums sont des plafonds, pas des peines attendues.

Le communiqué du département de la Justice ne nomme pas Nvidia : il parle de GPU fabriqués par des entreprises spécialisées dans ce qu’il appelle la “Super Intelligence”, la formule qu’un décret récent a imposée aux agences fédérales à la place de “IA”. Bloomberg et Courthouse News ont identifié des serveurs Nvidia, Courthouse News évoquant des accélérateurs H100.

Ce qu’il faut suivre

Deux choses. D’abord l’audience de vendredi, et si le gouvernement nomme publiquement les fabricants et les sociétés malaisiennes, ce qui montrerait jusqu’où remonte l’affaire dans la chaîne d’approvisionnement. Ensuite, si l’action en confiscation — un substitut distinct gère les biens saisis — récupère une part des 176 millions, car c’est ce chiffre, et non les 300 millions de matériel, qui correspond à l’argent que le gouvernement dit avoir réellement circulé.