Une ligne à décrocher quand quelque chose casse
Les États-Unis vont proposer à la Chine un dispositif de notification pour les incidents liés à l’intelligence artificielle, a déclaré le secrétaire au Trésor Scott Bessent dans un entretien avec The Axios Show publié samedi. Il a ajouté s’attendre à ce que Pékin accepte.
Bessent a expliqué avoir discuté de sécurité de l’IA avec le vice-premier ministre chinois He Lifeng avant la visite d’État du président Xi Jinping en septembre, et que la proposition d’un canal de communication sur les incidents faisait partie de ces échanges. Parmi les risques abordés figuraient, a-t-il dit à Axios, les agents d’IA échappant au contrôle et l’usage de la technologie par des acteurs non étatiques pour des attaques informatiques ou biologiques.
L’idée est volontairement étroite. Ce n’est pas un traité de sécurité, ni une norme commune, ni un régime d’inspection. C’est une ligne qu’un gouvernement décroche lorsqu’un système s’est suffisamment mal comporté pour que l’autre doive le savoir. La demande reste modeste dans une relation où l’administration Trump a refusé toute coopération formelle avec Pékin sur la sécurité de l’IA.
Pourquoi Bessent pense que la Chine dira oui
Son raisonnement repose sur une affirmation quant à l’évolution de la pensée chinoise. « Je crois qu’ils ne se rendaient pas compte de la puissance de leurs modèles en open source », a dit Bessent, à propos des modèles chinois que n’importe qui peut télécharger et adapter.

Il a cité un incident impliquant Kimi, la famille de modèles de Moonshot AI, au cours duquel le modèle aurait envoyé des données chinoises sensibles à Anthropic. C’est, selon lui, l’un des épisodes qui « ont fait comprendre aux Chinois qu’il s’agit d’une technologie très puissante ».
« Beaucoup de ces modèles chinois sont très puissants — pas autant que les modèles américains — mais on obtient quelque chose qui est à 80 %, 90 % aussi puissant, sans garde-fous, et qui peut être importé n’importe où dans le monde », a-t-il déclaré.
Pékin a ses propres inquiétudes, mais elles diffèrent. Le chef du renseignement chinois a averti en septembre que l’IA pourrait servir à une guerre informationnelle et « cognitive » contre le gouvernement — un cadrage qui place la menace dans la mainmise du Parti communiste sur l’information plutôt que dans la sécurité publique.
Des examens volontaires et aucun bouclier de responsabilité
Sur le plan intérieur, Bessent a décrit un dispositif léger qui laisse la responsabilité aux entreprises. Les examens publics des modèles de frontière sont volontaires, a-t-il dit, même si l’administration se réserve le droit d’intervenir si un laboratoire poursuit malgré des réserves de sécurité.
« Ce sont les gens des laboratoires qui doivent accepter la responsabilité, et je suis d’accord avec cela », a-t-il affirmé. « Je crois que les laboratoires en sont venus à penser de même. »

Il a été plus tranchant à l’égard des dirigeants qui, depuis plusieurs semaines, avertissent publiquement qu’ils pourraient perdre le contrôle de leurs propres systèmes. Interrogé sur ces mises en garde, Bessent a répondu : « Eh bien, qu’ils ralentissent alors. » Dans le même entretien, il a qualifié ce schéma d’« alarmisme sans solutions » et estimé que ce n’était pas du leadership.
Ce qu’il dit vouloir à la place, c’est déplacer l’attention de la capacité vers la défense. « Nous menons cette course désordonnée vers la frontière des modèles », a-t-il dit à Axios. « Il faut commencer à nous préoccuper davantage de résilience et de défense aussi. »
Ce qu’il faut surveiller
Bessent n’a donné aucune date pour soumettre la proposition à Pékin, n’a nommé aucune agence pour tenir le canal et n’a pas dit ce qui constituerait un incident à signaler. Ce sont ces détails qui séparent un mécanisme opérant d’une annonce. Le prochain test sera de voir si le canal apparaît dans un compte rendu des discussions sino-américaines qui suivront la visite de Xi.