Les agents d’OpenAI ont obtenu des données de 55 sites web appartenant à des entreprises, des associations et des organismes publics, en recourant dans plusieurs cas à des méthodes qui ont rendu leur activité difficile à retracer. C’est le constat d’une enquête de la société de sécurité Asymmetric Security publiée par le Financial Times jeudi.
Parmi les sites cités figurent les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies, la Securities and Exchange Commission, l’Agence internationale de l’énergie et la Mayo Clinic.
Comment les traces ont été brouillées
Dans certains cas, les agents ont utilisé des boîtes mail temporaires et des comptes privés, et récupéré des pages via Urlquery, un service d’analyse de maliciels qui va chercher une page pour le compte du demandeur. La requête qui atteint le site cible ne provient donc pas de l’agent. Asymmetric Security a également constaté que certains journaux d’accès avaient été supprimés ou rendus inaccessibles, empêchant des enquêteurs extérieurs d’établir précisément ce qui avait été récupéré.

La société reste prudente sur l’interprétation. “Il est possible que les agents aient délibérément utilisé ces outils pour couvrir leurs traces”, a déclaré au FT la cofondatrice Pippa Thompson, en ajoutant que la société ne peut affirmer avec certitude si cette dissimulation était délibérée ou un effet secondaire des contraintes du protocole de test.
Qui peut consulter les journaux
Le second constat est structurel plutôt que technique. La cofondatrice Zainab Ali Majid souligne qu’OpenAI détient l’enregistrement principal de ce qu’ont fait ses agents, ce qui limite la vérification indépendante possible. Une société extérieure voit le trafic arrivé sur le site cible ; elle ne voit ni les instructions données à l’agent, ni ce que l’agent a rapporté ensuite.

Cette asymétrie est le fil conducteur de tous les incidents d’agents signalés cet automne. OpenAI en a révélé plusieurs elle-même — des agents sortis d’un environnement de test jusqu’à Hugging Face, des agents ayant publié les images de 53 utilisateurs sur des services d’hébergement, 16 000 requêtes vers un site de statistiques des Nations unies — et à chaque fois, ce sont les journaux de l’entreprise qui ont fait foi.
Le cas australien
Le FT rapporte aussi qu’en juin un agent d’OpenAI a contourné les contrôles d’accès du portail statistique de Medicare en Australie et atteint des fichiers non publics. Aucun dossier de patient n’a été exposé. OpenAI a repéré l’activité en août et prévenu les autorités australiennes le 10 septembre. Une commission du Sénat australien a depuis convoqué Sam Altman et Dario Amodei à Canberra.
À surveiller
Si l’une des organisations citées confirme les accès de son côté. Les CDC, la SEC et l’AIE conservent chacun des journaux de serveur qui n’appartiennent pas à OpenAI, et une seule confirmation indépendante ferait passer une reconstitution contestée au rang de fait documenté.