Ce que Xi a proposé
Le président chinois Xi Jinping a déclaré au sommet des BRICS à New Delhi que la Chine piloterait la création d’une communauté BRICS pour l’intelligence artificielle open source, a rapporté Bloomberg. L’initiative « soutiendrait la coopération dans le développement et l’application de grands modèles de langage », et la Chine organiserait des séminaires et des formations sur l’IA pour les membres de ce bloc de grandes économies émergentes.
La communauté d’IA était le premier point d’un plan en cinq points, selon le Press Trust of India. Les quatre autres étaient un partenariat BRICS de zones économiques spéciales ; une plateforme cloud pour l’écosystème numérique des BRICS, assortie de formations aux compétences numériques ; une aide aux pays membres pour construire des usines intelligentes et élaborer des normes ; et une alliance BRICS pour la formation d’ingénieurs, avec reconnaissance mutuelle des référentiels de compétences.
La veille, Xi avait invité les pays des BRICS à rejoindre l’Organisation mondiale de coopération sur l’IA (World AI Cooperation Organization), un organisme dirigé par Pékin qui réunit près de 30 pays, selon Bloomberg.
La déclaration ne s’engage pas
La déclaration commune du bloc, publiée samedi, n’a pas repris la proposition de Xi. Elle appelait plutôt à une « coopération internationale pour améliorer l’accessibilité des ressources d’IA tout en garantissant leur sûreté, leur sécurité, leur caractère inclusif et leur fiabilité », selon Bloomberg.
C’est une formulation que chaque membre peut accepter, et qui n’engage personne dans une structure dirigée par la Chine. Bloomberg a indiqué qu’on ignorait toujours si l’Inde, hôte du sommet, ou les Émirats arabes unis soutenaient la proposition de Xi.

L’open source comme stratégie
La proposition s’inscrit dans une tendance. Les principaux développeurs américains, dont OpenAI et Anthropic, gardent fermés leurs modèles les plus performants, et Pékin a promu les modèles ouverts chinois comme des alternatives moins coûteuses à la technologie américaine, a relevé Bloomberg. Le ministre chinois de la Sécurité de l’État, Chen Yixin, a affirmé que les listes noires, les systèmes propriétaires et les restrictions technologiques imposées par certains pays fragmentent les chaînes d’approvisionnement mondiales de l’IA, a rapporté Investing.com.
L’ouverture de la Chine elle-même a ses limites. Restreindre l’accès aux capacités les plus puissantes des modèles d’IA reste la politique officielle, selon Bloomberg, ce qui signifie qu’une communauté open source pilotée par Pékin ne s’étendrait pas nécessairement aux meilleurs systèmes chinois.
Pourquoi le sommet compte pour Pékin
Xi a cherché à faire du sommet annuel des BRICS une tribune supplémentaire pour la vision chinoise de l’intelligence artificielle, alors que la Chine dispute aux États-Unis l’influence mondiale sur cette technologie, a rapporté Bloomberg. Séminaires, formations et plateformes cloud partagées sont, en soi, des engagements modestes. Leur intérêt pour Pékin est de faire des modèles et des normes chinois le point de départ par défaut des gouvernements qui construisent dès maintenant leurs capacités en IA.

Ce qu’il faut surveiller
Trois éléments montreront si la proposition dépasse le stade du discours. Le premier : un gouvernement des BRICS adhérera-t-il nommément à la communauté open source ? Le deuxième : la Chine y adossera-t-elle des modèles, de la puissance de calcul ou des financements, plutôt que de simples séminaires et formations ? Le troisième est la composition de l’Organisation mondiale de coopération sur l’IA : un organisme dirigé par Pékin et réunissant près de 30 pays gagnerait rapidement du poids si l’Inde ou les Émirats le rejoignaient.